D’après la tradition, c’est à cet emplacement que les Ségusiaves, peuple Gaulois occupant la région lyonnaise, se réunissaient autour de leurs druides. Ce site était pour eux un lieu de prédilection qui remplissait toutes les conditions recherchées : un croisement de routes importantes dans un paysage montagneux au milieu de la forêt et surtout, ce qui est plus rare, de nombreuses sources sur un point culminant qui domine toute la région.
A cet endroit pieux les Romains donnèrent une fonction de relais sur la voie d’Aquitaine tracée de Lyon à Bordeaux. Une auberge trouva sa place, et une chapelle consacrée à la vierge fut édifiée dès les premiers temps chrétiens.
La dépouille mortelle de Saint Bonnet, évêque de Clermont séjourna là quelques jours en Juin 722 sur la route du siège de son évêché, 12 ans après sa mort à l’abbaye de l’île Barbe. Son nom fut donné au hameau et la chapelle lui fut alors dédiée après les miracles que lui attribue la légende dorée.
Au IX° siècle, Saint Bonnet fut rattaché au monastère bénédictin voisin de Savigny, dont il ne reste aujourd’hui que des vestiges dans la vallée de la Brévenne et qui fut à son apogée à la fin de l’époque romane. C’était une des abbayes les plus puissantes du Lyonnais, et les armes de France présentes à saint Bonnet, en particulier au dessus de la porte du château datée de 1457 témoignent de la présence des moines jusqu’à la fin du règne de Louis XIV.
Alors une aumônerie fut édifiée afin de nourrir les pèlerins indigents en route pour St Jacques de Compostelle qui ne pouvaient loger à l’auberge. De fréquents pèlerinages se groupèrent le 24 Juin, le 15 Août et le 8 Septembre de chaque année.
Les moines de Savigny exploitaient le domaine dont les limites n’ont guère changé, participèrent à la construction du château, secourant les voyageurs de passage et assurant l’exercice du culte en nommant régulièrement un chapelain.
Depuis le XV° siècle, le nom de Blanc était associé à l’exploitation de l’auberge et à la régie de la propriété qui fut acquise par cette famille au début du XVIII° siècle.
Le dernier représentant de la lignée, le philosophe Antoine Adelphe Blanc de Saint-Bonnet (1815-1880), vécut là entouré de ses amis, le poète Victor de Laprade, les hommes de lettres Edgar Quinet, Louis Veuillot, le polémiste Léon Bloy, le peintre Janmot.
Ce métaphysicien, disciple de Ballanche et de Joseph de Maistre, représentant principal de l’école spiritualiste lyonnaise, a laissé une œuvre importante, échangeant une correspondance suivie avec toute l’élite catholique de son temps.
Ses ouvrages sur l’infaillibilité et l’unité des églises ont retenu l’attention du pape Pie IX. Au cours de l’automne 1863, il reçut chez lui le R.P. Eymard, canonisé le 9 Décembre 1962.
Trouvant l’endroit favorable à la prière et à la méditation, Saint Pierre-Julien Eymard, dont l’effigie a été immortalisée par Rodin, écrivit là les statuts de l’Ordre du Saint-Sacrement qu’il venait de fonder.
C’est pourquoi Saint-Bonnet est devenu un haut lieu particulièrement vénéré des prêtres et des religieuses de cet ordre présent de l’Amérique à l’Océanie.
Le philosophe reconstruit la chapelle détruite pendant la Révolution, restaura le château, et donna au domaine l’aspect qu’il a conservé. Grâce à sa famille, la statue de Saint-Bonnet, ses reliques ainsi que de nombreux objets religieux avaient été conservés.
A.A Blanc de Saint-Bonnet mourut en 1880, profondément affecté par la mort prématurée de sa femme et de ses deux filles. Sa sœur Zénaïde hérita du domaine et l’offrit aux Facultés Catholiques de Lyon qui ne purent le garder.
C’est ainsi qu’en 1917 le domaine fut acquis par Maître Jean Chavanis, notaire à Thizy, qui fonda avec des membres de sa famille et quelques uns de ses meilleurs amis la société Forestière de Saint-Bonnet le Froid qui en est l’actuel propriétaire.
C’est à son petit-fils par alliance, Paul Grange-Chavanis, architecte lyonnais, que nous devons l’entière restauration de Saint-Bonnet, que sa famille occupe encore aujourd’hui.
Si la silhouette du château a été remaniée au cours des siècles, l’ensemble des bâtiments a conservé ses dispositions anciennes et garde le témoignage d’une très longue histoire dans un environnement exceptionnellement préservé. |